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La plus grande partie des thèmes de ce disque ont été enregistrés une première fois pour accompagner l'album colorié de Hugo Pratt, "Tango" paru en décembre 1998. De ce disque, je disais qu'il était une pensée - dite à voix basse - pour Corto et Pichuco (le grand bandonéoniste Anibal Troilo). C'était l'aboutissement de toute une histoire
L'album "tango" d'Hugo Pratt était déjà paru en noir et blanc et nous l'avions tous lu : c'était une sorte d'hommage à une prostituée judéo-polonaise, Louise Brookszowyc, dans le milieu des proxénètes mafieux de la Buenos Aires cosmopolite des années vingt. Si l'on pense que Hugo Pratt est arrivé jeune à Buenos Aires (où il vécut de 1949 jusqu'au milieu des années soixante), et que c'est là qu'il conçut le personnages de Corto Maltese, dans le quartier de la Boca, cette idée un peu loufoque avait beaucoup de sens ! Mais l'entreprise était loin d'être simple : rien que pour parvenir jusqu'à Hugo Pratt, qui vivait discrètement en suisse, c'était toute une affaire. Marco réussit à se procurer son adresse et lui écrivit. Il joignit à sa lettre le premier disque d'Esquina. La réponse mit six mois à venir, mais elle était ce qu'on espérait : Pratt était enchanté de l'idée ! Il donna à Marco un rendez-vous à Venise. Ils discutèrent du personnage ce jour-là pendant des heures; Marco lui fit observer un certain nombre d'invraisemblances et de bizareries dans les histoires de Corto, tant et si bien que Pratt lui dit : "Castellani, je crois que vous connaissez mieux Corto que moi !" Ensemble ils définirent ce soir-là ce qui fut le projet initial : Pratt écrivait une nouvelle bande dessinée, suivant un argument qui collerait avec les tangos que Claudio Enriquez, le guitariste d'Esquina, et moi même, allions écrire pour créer un disque-album. Ce projet n'a pas eu le bonheur de plaire aux éditeurs de Pratt, qui ne voyaient pas comment publier ensemble le livre et le disque. Et quand Hugo Pratt mourut, en août 1995, le projet semblait abandonné. Mais trois ans après, la coloriste de Pratt, Patrizia Zanotti, héritière d'une partie des droits d'édition de ses uvres, fit resurgir le projet, dont elle savait à quel point Pratt y tenait, et à force d'obstination, elle réussit à l'imposer. Il fut décidé que l'album "Tango", colorié par elle même, sortirait en édition de luxe, accompagné du disque. L'exécution du projet fut tellement précipitée, que nous n'avons eu le temps de ne créer que deux thèmes pour Corto, "la Sénégalaise" et "Corto et Louise". Nous avons choisi des tangos traditionnels de l'époque qui auraient plu, à coup sûr à Corto. Ce sont probablement ceux qu'il a dansé dans la bande dessinée, lui qui, dans cette histoire, nous fait vivre dans le rive du tango avec ses deux lunes, ses pavés, ses gares en bois, ses billards, ses cantines et ses tramways. L'accord avec les éditeurs stipulait notamment que le livre allait être diffusé accompagné de notre disque et que le disque ne pourrait se commercialiser séparément avant deux ans. Bref, à Noël 1998, quelques vingt-mille exemplaires de "Tango" sont parus, en cinq langues (français, italien, espagnol, allemand, portugais). En 2001, nous avons réenregistré certains des thèmes de ce disque. Un jour, peut-être, nous écrirons la suite des tangos pour Corto. "Les autres", ce sont Astor Piazzolla, que Hugo Pratt a toujours soutenu et défendu; Eduardo Rovira, un compositeur que nous avons présenté dans notre album précédent, "Musiques du Rio de la Plata"; Luis Luchi, le poète argentin mort en octobre 2000; Guillermo Thomas, un grand ami très proche, compositeur argentin; et enfin, moi-même. César Stroscio
César Stroscio : bandonéon Claudio "Pino" Enriquez : guitare Hubert Tissier : contrebasse
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